Forever Changes : il n'y a rien de spectaculaire ici. C'est précisément ce qui retient.
Le sillon crépite une seconde, puis les guitares entrent, doucement, presque à contrecœur.
Les cuivres glissent entre les deux comme si tout cela avait toujours existé et qu’on venait seulement de s’en souvenir.
Arthur Lee chante avec quelque chose de légèrement décalé, pas tout à fait présent, pas tout à fait parti. Sa voix touche le bord des chansons sans jamais s’y installer. Derrière les arrangements, la Californie de 1967 est lumineuse et déjà fissurée.
On entend une douceur qui sait qu’elle ne durera pas. Ce n’est pas de la mélancolie. C’est plus précis que ça, la conscience aiguë d’un instant encore intact.
La pochette reste posée contre le mur. Le regard va aux enceintes, revient au dessin, repart. La pièce prend une densité particulière, comme si l’air avait légèrement changé de pression.
Quand le diamant quitte le dernier sillon, le silence semble avoir une couleur différente de celle qu’il avait au début.
On ne saurait pas dire laquelle. C’est ça, la force de cet album.

