Forever Changes : l'apocalypse sous le soleil
Los Angeles, 1967. Tandis que le monde se parre de fleurs et de slogans pacifistes, Arthur Lee contemple les collines d'Hollywood avec une paranoïa lucide.
Forever Changes n’est pas un album de plus dans la vague psychédélique ; c’est le disque qui a brisé le miroir des illusions hippies.
Dès l’ouverture, le contraste est saisissant. Les guitares acoustiques de Bryan MacLean tricotent des motifs d’une élégance folle, mais l’orchestration de Bruce Botnick et David Angel vient lacérer cette douceur. Des cuivres mariachis surgissent comme des mirages dans le désert, tandis que des cordes vertigineuses transforment des ballades folk en symphonies d’angoisse urbaine.
Techniquement, le disque est un miracle d’équilibre précaire : la basse de Ken Forssi porte une tension sourde, presque jazz, qui soutient les visions d’un Lee persuadé qu’il allait mourir à la fin de l’enregistrement. Les sessions furent pourtant laborieuses, le groupe étant à bout de nerfs, au point que des musiciens de studio furent brièvement appelés en renfort avant que Love ne se reprenne dans un ultime sursaut de génie.
C’est un disque que je ressens comme une brûlure froide. C’est le son d’un été qui refuse de finir alors que le ciel devient noir. Un chef-d’œuvre absolu. Il y a dans cette écriture une mélancolie aristocratique qui place Love bien au-dessus de la mêlée. Forever Changes reste ce vestige magnifique : la bande-son d’un rêve qui tourne au cauchemar, mais avec une grâce infinie.

