Frenchies : BBH 75 - Jacques Higelin
Décembre 1974. Jacques Higelin investit les studios Pathé-Marconi avec une rage neuve au ventre.
Le poète folk-acoustique est mort, laissant place à une créature électrique, fébrile, portée par le génie biface de Simon Boissezon, qui assure ici un doublé magistral aux guitares et à la basse. C’est l’acte de naissance du rock français moderne. Réalisé par Higelin lui-même, sous la direction artistique de Claude Dejacques et capté par l’ingénieur Roger Ducourtieux, BBH 75 n’est pas un disque, c’est une déflagration urbaine de 35 minutes qui anticipe le punk avec une morgue sublime.
Le son est sec, presque clinique, porté par la batterie et les percussions métronomiques de Charles Bennaroch, dont l’harmonica vient ponctuer la poésie de bitume. On y entend l’urgence de l’époque : les néons de la ville et la solitude des zincs. La structure des morceaux casse les codes de la chanson traditionnelle ; le chant d’Higelin se transforme en un cri rauque, une transe habitée qui évoque autant le Lou Reed de “Berlin” qu’un chamanisme ouvrier.
Lors de ces sessions parisiennes, l’ambiance est à l’expérimentation brute, loin du confort des variétés radio. C’est rugueux. C’est poisseux.
Pour moi, cet album reste le disque de la rupture, celui où la langue française a enfin appris à hurler sans avoir l’air ridicule. Un séisme de fer et de velours.

