Frenchies : Cheyenne Autumn - Jean-Louis Murat
En 1989, Jean-Louis Murat n'est plus un débutant, mais un survivant.
Après des années d’errance, il accouche de Cheyenne Autumn, un disque-monstre de mélancolie boréale qui redéfinit l’horizon de la chanson française. Enregistré sous la houlette de Christophe Dupouy et de l’ingénieur du son Denis Clavaizud, l’album délaisse les scories des eighties pour une épure glacée, presque minérale. Murat y invente une topographie mentale où les volcans d’Auvergne rencontrent le Dakota.
Techniquement, l’œuvre est un tour de force atmosphérique. Les nappes de synthétiseurs y sont traitées comme des brouillards matinaux, portées par une basse fretless d’une fluidité érotique et des programmations rythmiques qui refusent l’agression. C’est un son de soie et de silex. En studio, l’exigence de Murat frise l’ascèse ; il cherche ce murmure souverain, cette voix de gorge qui semble se confier au creux de l’oreille.
L’impact est immédiat : la France découvre un cow-boy solitaire capable de citer Rimbaud sur une ligne de basse digne de Talk Talk. C’est le triomphe de l’intime sur le tapageur.
Pour moi, cet album reste une blessure nécessaire. C’est le disque des départs à l’aube, celui qui transforme la solitude en une dignité farouche. Un chef-d’œuvre. La naissance d’un totem.

