Frenchies : Crache ton venin - Téléphone
En mai 1979, la France a soudainement seize ans et les doigts coincés dans la prise. Dans les chambres d'ados, l'air devient électrique.
On déchire le cellophane transparent, on déplie la pochette ouvrante et le choc est d’abord visuel : ces quatre-là posent nus, moulés dans le plâtre, le regard défiant. C’est brut, presque indécent, totalement rock.
Quand l’aiguille se pose sur la première face, le son vous prend directement à la gorge. Ce n’est plus de la variété, ce n’est plus de la pop polie pour les radios du dimanche après-midi. C’est une basse lourde, tendue, une batterie qui cogne comme un cœur en panique et ces deux guitares qui s’entremêlent, crachant un riff acéré, moite, profondément inspiré des Stones mais hurlé en français. Louis Bertignac livre des chorus incendiaires tandis que Jean-Louis Aubert écorche ses cordes vocales sur le micro.
L’album s’écoute fort, le potard de volume poussé dans le rouge sur la chaîne hi-fi du salon quand les parents sont sortis. On passe des heures allongé sur le tapis, à scruter les moindres détails des photos intérieures, à apprendre par cœur ces textes qui parlent de caniveaux, de néons, d’ennui et de liberté.
Ce disque n’est pas une simple collection de morceaux, c’est le manifeste d’une génération qui s’ennuie dans les grands ensembles et qui trouve enfin sa bande-son.
La platine s’arrête, le bras automatique se relève dans un clac sec. Le silence qui suit est lourd, encore vibrant de cette urgence adolescente qui, quarante ans plus tard, refuse de s’éteindre.

