Frenchies : Émile Jacotey - Ange
Automne 1974. Dans le sillage de l’immense "Le Cimetière des Arlequins", Christian Décamps et sa troupe de saltimbanques progressifs s’installent au Studio des Dames à Paris.
Le 15 mars 1975, Ange livre son chef-d’œuvre absolu : Émile Jacotey. Plus qu’un album, c’est un acte de résistance rurale contre la modernité plastique. Sous la houlette de l’ingénieur du son Henri Loustau, le groupe capture la voix d’un vieux maréchal-ferrant de Saulnot, Émile, dont les contes deviennent le fil d’Ariane d’une fresque médiévale-rock.
Le son est une cathédrale de boue et d’or. Jean-Michel Brézovar cisèle des solos de guitare qui déchirent la brume, tandis que Francis Décamps maltraite son orgue Hammond et ses Mellotrons pour simuler des orchestres fantômes. La structure est audacieuse, alternant récits parlés et explosions symphoniques.
On y sent l’odeur du foin coupé et la sueur des bêtes de somme. C’est une œuvre viscérale, où le rock progressif français trouve enfin son identité, loin des pâles copies de Genesis ou King Crimson.
L’impact fut sismique : Ange devint le premier groupe de rock hexagonal à remplir des stades, prouvant que la langue de Molière pouvait hurler sans rougir devant celle de Shakespeare.
Écouter cet album aujourd’hui, c’est rouvrir un coffre à maléfices où la nostalgie n’est pas une faiblesse, mais une arme de précision. Un monument de terre et de feu.

