Frenchies : Fantaisie Militaire - Alain Bashung
Avec "Fantaisie militaire", Alain Bashung ne cherche plus à séduire. Il creuse. Il laisse les chansons arriver de biais, comme des silhouettes qu’on distingue mal dans une pièce trop peu éclairée.
Sorti en 1998, l’album a ce son étrange, à la fois sec et profond. Les guitares ne brillent pas, elles griffent. Les basses rampent. Les silences comptent autant que les mots. On sent le travail de studio, mais jamais la démonstration. Tout semble placé pour faire naître un malaise doux, une tension qui reste sous la peau.
Bashung chante comme s’il parlait à quelqu’un qui n’est déjà plus là. Sa voix ne force rien. Elle effleure, elle esquive, puis une phrase tombe et reste. On écoutait ce disque tard, souvent seul, avec le livret ouvert, à chercher dans les textes une porte d’entrée qui se dérobait toujours un peu.
Il y a dans Fantaisie militaire une France nocturne, élégante, cabossée. Pas celle des grandes avenues. Plutôt celle des chambres d’hôtel, des cigarettes oubliées, des routes après minuit.

