Frenchies : Fantaisie militaire - Alain Bashung
Bashung n’est plus un homme, c’est un sillage. Le 6 janvier 1998, "Fantaisie militaire" déchire le ciel de la variété française pour y injecter un poison d’une élégance absolue.
Sous l’égide du producteur Ian Caple, le studio Miraval devient le théâtre d’une déconstruction méthodique. Bashung, tel un alchimiste sombre, y malmène les structures pour accoucher d’un disque-monde, où les cordes de l’Orchestre de Paris se frottent aux guitares abrasives de Marc Ribot et aux textures hantées d’Adrian Utley (Portishead).
Le son est une cathédrale de brume. La batterie est souvent traitée comme une pulsation organique, presque lointaine, laissant l’espace à une basse profonde qui guide l’auditeur dans un labyrinthe de métaphores ciselées par Jean Fauque. On y entend l’écho de la guerre, celle des sentiments et celle des tranchées de l’esprit. Chaque morceau est une énigme sonore, une rupture avec le rock conventionnel. C’est un travail d’orfèvre, une précision chirurgicale au service du chaos.
Personnellement, je reste pétrifié par cette capacité à rendre l’indicible si charnel. C’est l’album où Alain devient définitivement immortel, celui qui réconcilie l’exigence de Gainsbourg avec la modernité froide de Bristol. Un monument de mélancolie électrique. Une fracture ouverte dans le paysage musical français. Indépassable.

