Frenchies : Love me, please love me - Michel Polnareff
Mai 1966. La France gaullienne, encore engoncée dans ses certitudes de velours, reçoit un électrochoc dont elle ne se remettra jamais.
Michel Polnareff, silhouette frêle et regard déjà caché, entre aux studios Pye à Londres sous l’égide du producteur Charles Blackwell. Ce n’est pas un premier album ; c’est un manifeste de rupture.
Le son est d’une clarté insolente, porté par la crème des musiciens de session britanniques, dont un certain Jimmy Page à la guitare et John Paul Jones à la basse. Ensemble, ils sculptent une architecture sonore où le piano classique rencontre la nervosité du rock anglo-saxon.
L’innovation réside dans ce mariage contre-nature : une rigueur harmonique presque liturgique percutée par des arrangements baroques et une voix de tête qui s’envole, fragile et souveraine. Polnareff impose une mélancolie moderne, loin des yéyés insouciants.
L’enregistrement est marqué par une tension créatrice folle, le perfectionnisme de l’artiste se heurtant à l’urgence londonienne. À sa sortie en octobre 1966, l’impact est sismique. On y entend l’écho d’une solitude urbaine, une quête éperdue de reconnaissance qui dépasse le simple cadre de la chanson française. C’est l’acte de naissance d’un génie dont la pudeur n’a d’égale que l’ambition. Un disque de marbre et de dentelle. Le point de bascule.

