Frenchies : Mekanïk Destruktïw Kommandöh - Magma
Le 14 mai 1973, le temps s’est figé au Studio Manor. "Mekanïk Destruktïw Kommandöh" n’est pas un disque, c’est une collision tectonique.
Lorsque l’on posait le diamant sur la première face de ce vinyle à la pochette griffée d’une griffe de métal, on n’écoutait pas de la musique ; on entrait en religion. Christian Vander, démiurge hanté, y sculpte une masse sonore inédite où le jazz s’accouple à l’opéra wagnérien sous l’œil d’un Coltrane déifié. Enregistré dans la campagne anglaise, l’album irradie une puissance martiale, portée par la basse de Jannick Top qui vrombit comme un moteur de cuirassé. C’est le triomphe du Kobaïen, cette langue inventée, gutturale, qui transcende le sens pour ne laisser place qu’à l’émotion pure et au vertige spirituel.
Chaque coup de caisse claire est un arrêt de mort, chaque envolée de Klaus Blasquiz et Stella Vander déchire le ciel de l’époque. On se souvient de l’odeur du carton, de la stupeur face à cette architecture sonore qui semblait venir d’une autre galaxie. Ce n’était plus du rock progressif, c’était le Zeuhl : une musique de l’effort, de la transe et du sacrifice.
Tenir cet album à vingt ans, c’était accepter de ne plus jamais écouter la radio de la même manière. C’était embrasser un chaos organisé, une précision horlogère mise au service d’une fureur sacrée.
Vous aviez quel âge quand ce chœur a retenti pour la première fois dans votre salon ?
Ce disque reste le seul monolithe noir capable de faire trembler les fondations de l’univers connu.

