Frenchies : Moon Safari - Air
Parfois la modernité, c'est de ralentir. En 1998, deux garçons de Versailles sortent "Moon Safari" et déplacent d'un coup le centre de gravité de la musique française.
Pas de guitares nerveuses, pas de rap urgent, un tapis de synthés analogiques, moelleux, presque tièdes, qui semblent flotter plutôt que jouer. Air invente une pop instrumentale suspendue entre la French Touch naissante et la BO de film qui n’existe pas encore.
Le Moog vintage grésille comme un vieux poste de radio retrouvé au fond d’un grenier, le vocoder murmure plus qu’il ne chante, et tout ça respire un luxe discret, feutré, presque paresseux.
La France électronique existait déjà, mais elle était nerveuse, festive, tournée vers la piste de danse. Moon Safari invente autre chose : une électro pour salon, pour voiture la nuit, pour rêverie éveillée.
L’album traverse les frontières sans un mot d’anglais chanté qui pèse, et impose Paris comme capitale d’un son cotonneux que le monde entier va copier pendant dix ans.
Un disque qui ne demande jamais qu’on danse, juste qu’on dérive.

