Jusque-là, le rock chanté en français copie l’anglais ou s’excuse de n’être pas de la chanson. Bashung ne s’excuse de rien. Avec Jean Fauque aux mots, il écrit des phrases qui dérapent, se retournent, restent en travers de la gorge.
La voix est grave, mouillée, collée au micro. Les guitares grincent comme du fer rouillé. Les rythmes avancent au pas lourd d’un homme qui n’a pas dormi. Rien n’est poli. Tout est poisseux, tranchant, vivant.
Le français n’a jamais sonné aussi électrique.
Des milliers d’auditeurs découvrent alors qu’une langue peut dire le trouble sans pudeur, et sonner comme une cicatrice qui se rouvre.
Il chuchote. Trente-cinq ans plus tard, le mur vibre encore.

