Frenchies : Poèmes Rock - CharlÉlie Couture
En 1981, un type débarque de Nancy avec un piano bastringue et des mots qui collent aux semelles. Pas un album de plus dans les bacs, un courant d’air froid dans une pièce trop chauffée.
CharlÉlie Couture a posé une voix blanche, presque parlée, sur des rythmes venus d’ailleurs, enregistrés sous le ciel bas de New York.
On se souvient de la première fois où l’on a sorti cette galette de sa pochette noire et blanche. L’odeur du carton neuf, le bras de la platine qu’on pose délicatement, et ce son immédiat, sec, urbain. Ce n’était plus de la chanson française, ce n’était pas tout à fait du rock. C’était une oscillation permanente entre le blues des gares de triages et la poésie des comptoirs de nuit. Les morceaux s’enchaînaient comme des instantanés pris au polaroïd dans une ville en sursis.
Le disque tournait tard le soir dans les chambres d’adolescents ou d’étudiants, le casque vissé sur les oreilles jusqu’à en avoir mal. On lisait les textes imprimés à l’intérieur en essayant de capter la lumière de l’ampli.
Il y avait cette basse lourde, ces cuivres nocturnes et ce piano qui martelait une mélancolie moderne. CharlÉlie racontait nos solitudes et nos errances avec une précision de chirurgien.
Quand la face B se termine, le silence qui s’installe a un goût particulier. On reste assis là, dans le noir, à regarder le voyant rouge de la chaîne hi-fi, avec la certitude intime que ce disque vient de cartographier une partie de notre propre jeunesse.
L’aiguille remonte, mais la vibration reste là, quelque part sous la peau, pour les décennies à venir.

