Frenchies : Pop Satori - Etienne Daho
1986. La France s’ennuie dans une variété poussiéreuse quand Étienne Daho braque le futur.
Enregistré à Londres sous l’égide de William Orbit, Pop Satori n’est pas seulement un disque : c’est une collision frontale entre le romantisme français et la rigueur glacée des machines anglo-saxonnes. Daho y invente une “French Pop” synthétique, élégante, presque insolente de facilité.
Dès les premières mesures, on sent cette moiteur de boîte de nuit à l’aube. La production est une prouesse d’équilibriste. Les séquenceurs s’emballent, les basses sont nerveuses, et pourtant, la voix de Daho reste ce souffle nonchalant, ce murmure qui semble vous confier un secret capital à l’oreille. C’est le son du cuir contre les néons.
En studio, l’ambiance est à l’expérimentation totale, loin du confort parisien ; Daho cherche la faille, le moment où la mélodie bascule dans l’hypnose. À sa sortie, la critique est d’abord désarçonnée par cette “pop légère”, avant de comprendre que l’album redéfinit l’esthétique même d’une génération.
C’est un disque de solitude urbaine et de désirs électriques. Chaque morceau est une vignette cinématographique où les synthétiseurs pleurent sur des rythmiques implacables. Un choc sismique. On y croise l’ombre de Gainsbourg qui aurait troqué sa Gitane pour un sampler.
Pop Satori a libéré la musique française de ses complexes, prouvant que l’on pouvait être mélancolique en faisant danser les foules. Indispensable.

