Frenchies : Pour nos vies martiennes - Étienne Daho
Le ciel de 1988 bascule dans une modernité glaciale et bleutée. Étienne Daho ne chante plus la plage. Il sculpte le spleen des villes sous des néons qui grésillent.
On se souvient de ce disque comme d'un choc thermique. Dans les salons du dimanche, la platine diffusait une pop de verre, tranchante et synthétique, qui nous arrachait soudainement au confort des années insouciantes.
L'objet fascine. Sur la pochette, son regard fuyant annonce déjà la fin de l'innocence. Le saphir se pose. La basse claque contre les murs, sèche, impitoyable. On sent le cuir des blousons, l'odeur de la laque et le froid des nuits parisiennes qui s'éternisent. Daho cisèle des mélodies qui brillent comme des éclats de miroir au milieu de la piste de danse. C’est la bande-son de nos premières errances nocturnes, les vitres baissées alors que la buée commençait à gagner le pare-brise de la vieille Renault.
Ce disque capture ce moment précis où l'on réalise que l'amour ne suffit plus à combler le vide. Il irradie une mélancolie électrique qui nous colle encore à la peau quarante ans plus tard.
On a tous eu cette cassette recopiée qu'on écoutait en boucle dans le baladeur, assis au fond du bus, en s'imaginant une vie plus vaste, plus étrange, presque spatiale.

