Frenchies : Répression - Trust
Il y a des pochettes qui agissent comme un signal d'alarme avant même qu'on ne pose l'aiguille sur le sillon.
En ce printemps 1980, le rock français cesse brusquement de lever le petit doigt. Quand ce disque débarque dans les chambres d’adolescents, l’impact est d’une violence physique. Ce n’est pas de la musique de salon, c’est un pavé lancé à travers la vitre de la France des fins de repas de famille.
Le son est sec, lourd, capté à Londres dans l’urgence. La basse claque contre les murs de briques, tandis que les guitares de Norbert Krief coupent comme des lames de rasoir rouillées.
C’est l’époque des cabines téléphoniques cassées, des blousons en cuir élimés aux coudes et des transistors qui crachent une colère noire, celle d’une jeunesse qui refuse de filer droit.
Bernie Bonvoisin ne chante pas, il crache ses textes avec une précision de sniper, incarnant la banlieue grise bien avant qu’elle ne devienne un sujet de journal télévisé.
Écouter cet album à l’époque, c’était accepter de prendre parti. On le passait le casque vissé sur les oreilles pour ne pas réveiller les parents, les yeux rivés sur ces quatre visages enfermés derrière des barbelés sur fond rouge. Chaque morceau s’enchaîne sans laisser le temps de reprendre son souffle, une rythmique de plomb qui vous escorte jusqu’à la dernière seconde de la face B.
Quarante-six ans plus tard, l’encre de la pochette a pâli dans l’étagère, mais la morsure est restée intacte dès que les premiers accords résonnent.

