C’est un laboratoire. Lapointe, ingénieur de formation, bricole la langue comme une horloge : il la démonte, la remonte, et la fait tourner plus vite que la raison.
Les allitérations claquent. Les calembours s’enchaînent sans reprendre leur souffle. Chaque couplet arrive en équilibre sur un fil, et ne tombe jamais.
Sous l’absurde, la mécanique est d’une précision chirurgicale. Une voix du Sud, rugueuse, gouailleuse, posée sur une guitare sèche et des cuivres de bal populaire.
Rien de poli. Tout est tendu, poussé, goûtu comme un vin de pays.
Il sort dans une France des années soixante qui chante propre et sérieux. Lui joue avec les syllabes comme d’autres avec le feu. Les gens riaient d’abord, puis ils s’apercevaient qu’ils n’avaient pas fini de comprendre.
C’est l’esprit de Rabelais branché sur le zinc d’un café.
Un sourire qui cache un cerveau en surchauffe.

