Frenchies : Seppuku - Taxi Girl
L'hiver 1981 n'en finit pas de geler les ambitions de la pop française, mais à l'ombre de la trilogie berlinoise de Bowie, Taxi Girl accouche d'un monolithe de marbre froid.
Enregistré sous la férule d’un Jean-Jacques Burnel (The Stranglers) transformé en alchimiste de la discipline, Seppuku est un rituel de fin de monde. Daniel Darc y impose sa présence spectrale, habitée par une mélancolie suicidaire, tandis que Mirwais Ahmadzaï cisèle des architectures de guitares acérées, fendant l’air comme des lames de rasoir.
Le son est une prouesse de compression et d’épure : les synthétiseurs de Laurent Sinclair ne nappent plus, ils poignardent. Burnel a imposé une rigueur martiale aux sessions, bridant la section rythmique pour obtenir ce battement de cœur mécanique, presque préhistorique. C’est un disque de tensions extrêmes, né dans la douleur du deuil après la mort du batteur Pierre Wolfsohn l’année précédente.
Chaque piste transpire l’urgence d’une jeunesse qui refuse de vieillir, préférant se consumer dans une élégance glaciale. C’est le chaînon manquant entre le romantisme noir de Joy Division et la morgue de la chanson réaliste. Écouter cet album aujourd’hui, c’est marcher sur une banquise qui craque : c’est terrifiant, sublime et d’une solitude absolue. Un chef-d’œuvre de désenchantement.

