Frenchies : The No Comprendo - Les Rita Mitsouko
À l’automne 1986, la pop française change de visage sans demander la permission.
Dans le sous-sol de leur maison de Vitry-sur-Seine, un homme et une femme triturent des machines importées d’Angleterre, une guitare Gretsch branchée directement dans la console et une basse synthétique qui cogne au sternum.
The No Comprendo n’est pas un album poli. C’est un télescopage brutal entre la rigueur de la cold wave et l’extravagance des fanfares de village. Quand l’aiguille se pose sur la première face, on est immédiatement saisi par cette production signée Tony Visconti : un son sec, presque tranchant, où chaque coup de caisse claire résonne comme une gifle dans une pièce vide.
On se rappelle l’épaisseur du vinyle, cette pochette blanche un peu rigide ornée de silhouettes qu’on étudiait les yeux grands ouverts, allongé sur le tapis de la chambre, le volume du radiocassette poussé à la limite de la distorsion.
Les voix s’entremêlent, glissent du rire aux larmes, portées par des cuivres hispaniques et des riffs de guitare qui griffent le morceau.
Cet album a capturé l’énergie nerveuse d’une époque charnière, un pont jeté entre le rock des salles sombres et une pop moderne, foutraque, profondément vivante.

