Frenchies : The No Comprendo - Les Rita Mitsouko
Un album résolument moderne tout en restant profondément charnel. Le rock français a cessé d'être une imitation le jour où ce disque a fracturé le réel.
Publié en 1986, The No Comprendo n’est pas seulement un album ; c’est le manifeste d’une liberté insolente qui a redéfini les contours de la pop hexagonale. Enregistré sous l’égide de Tony Visconti aux studios Studio l’Hacienda et Good Earth, l’opus sculpte un son d’une densité inouïe, où la précision chirurgicale de la production anglo-saxonne vient se fracasser contre l’extravagance latine du duo.
Fred Chichin y déploie un jeu de guitare sec, presque tranchant, tandis que Catherine Ringer habite chaque sillon d’une voix qui lacère les conventions. On se souvient du choc tactile de ce carton : ce collage graphique en noir et blanc, avec ses figures d’inspiration bd en contre-plongée et sa typographie manuscrite brute, qui annonçait une rupture totale avec le post-punk moribond.
L’instrumentarium est une fête de contrastes : des cuivres rutilants de “C’est comme ça” aux textures synthétiques de “Someone to Love”, tout ici transpire l’audace technique. Le travail sur les réverbérations et le placement des percussions crée une profondeur de champ qui, quarante ans plus tard, continue d’irradier.
Pour beaucoup, ce vinyle tournait sur la platine au milieu de chambres d’étudiants ou de salons enfumés, symbole d’une modernité qui refusait de choisir entre l’avant-garde et le plaisir pur. C’est une œuvre de tensions permanentes, un équilibre précaire entre la sophistication du studio et une sauvagerie punk qui refuse de s’éteindre.

