Gimme Shelter : quand le ciel se referme
Une guitare tremble dans le lointain. Puis une autre. En 1969, "Gimme Shelter" ouvre "Let It Bleed" comme une porte sur une époque qui ne croit plus vraiment aux promesses.
La guerre du Vietnam traverse les journaux, les rues se tendent, les illusions des sixties commencent à se fissurer.
Mais le morceau ne reste pas enfermé dans son année.
Il passe sur une radio FM au milieu de la nuit. Dans une voiture, les essuie-glaces battent le pare-brise. Sur une cassette copiée, le son souffle un peu, mais l’introduction garde intacte cette menace sourde. On monte le volume avant même que Mick Jagger commence à chanter.
Puis vient Merry Clayton.
Appelée en pleine nuit pour rejoindre le studio, enceinte, encore en tenue de sommeil sous son manteau, elle se place devant le micro. Sa voix surgit et le morceau change de dimension. Elle ne chante pas simplement le danger. Elle le fait entrer dans la pièce. À l’une de ses envolées, sa voix se brise légèrement. On entend Jagger réagir au fond.
Ce moment est resté.
Des décennies plus tard, Gimme Shelter produit toujours le même effet. Dans un casque, sur une autoroute sombre, au milieu d’une foule qui reconnaît les premières notes, il suffit que la guitare de Keith Richards recommence à tourner.
Et soudain, quelque part devant nous, l’orage revient.

