Graceland : l’odysée sud-africaine de Paul Simon
1986. Paul Simon est un homme en sursis créatif, cherchant son salut dans une cassette de Mbaqanga reçue par hasard.
Bravant le boycott culturel de l’ONU, il s’envole pour Johannesburg, transformant le studio Ovation en un laboratoire de fusion interdite. Ce n’est pas de la world music ; c’est une collision tectonique. Sous la houlette du producteur Roy Halee, Simon délaisse la structure folk traditionnelle pour construire ses chansons sur des jams circulaires, des polyrythmies complexes et la basse bondissante de Bakithi Kumalo.
Le son est une épiphanie de clarté. La précision technique des ingénieurs sud-africains, alliée aux arrangements vocaux célestes de Ladysmith Black Mambazo, crée un espace acoustique inédit. Simon y dépose ses textes les plus surréalistes, mariant la mélancolie d’un New-Yorkais divorcé à l’exubérance vitale du township. C’est un album qui respire la sueur et l’espoir, où l’accordéon de Forere Motloheloa dialogue avec des cuivres rutilants. Un miracle d’équilibre.
Malgré les polémiques politiques de l’époque, Graceland s’impose comme un manifeste d’humanité universelle. En écoutant ces lignes de basse qui semblent défier la gravité, on comprend que Simon n’a pas seulement volé une sonorité : il a trouvé une nouvelle langue pour dire l’exil et la rédemption.
Un chef-d’œuvre absolu. Le disque qui a redessiné la carte du monde.

