Guns N' Roses : le dernier incendie du Hollywood Babylon
Ils débarquent comme un accident de plein fouet sur Sunset Strip, une collision de cuir griffé et de morgue punk dans une ère saturée de laque et de synthétiseurs plastiques.
Le 6 juin 1985, au Troubadour, le “Lineup Classique” scelle un pacte avec le chaos. Guns N’ Roses n’est pas un groupe, c’est une mutinerie. Sous l’égide du producteur Mike Clink, qui parvient à canaliser leur électricité vénéneuse aux studios Rumbo Recorders en 1987, ils redéfinissent la tectonique du rock.
Le son est une architecture de contrastes. D’un côté, la Gibson Les Paul de Slash, grasse, bluesy, hurlant une mélancolie de gouttière ; de l’autre, la section rythmique métronomique de Steven Adler et Duff McKagan, héritée du punk hardcore. Au centre du brasier, Axl Rose déploie une tessiture de sirène d’alarme, passant d’un baryton caverneux à des aigus stridents qui semblent arrachés à ses propres entrailles.
C’est la sueur des clubs moites, l’odeur de la bière renversée et le désespoir des nuits blanches californiennes. Le choc. Une déflagration. Ils ramènent le danger là où il n’y avait que du spectacle. Je me demande parfois si le rock a survécu à leur démesure ou s’ils ont simplement brûlé tout l’oxygène disponible, ne laissant derrière eux que des cendres et des légendes. Ils étaient la vérité, brute et insupportable.

