Harvest : l'or noir d'un solitaire déchiré
Janvier 1971, Nashville. Neil Young, le dos en compresse sous un corset orthopédique après une opération des vertèbres, s'installe aux Quadrafonic Sound Studios.
Ce qui devait être une simple session acoustique vire à la collision stellaire quand il recrute, sur un coup de tête, les musiciens de session de l’émission de Johnny Cash : les Stray Gators. Sous la houlette d’Elliot Mazer, le “Loner” accouche d’un disque de coton et d’acier, une œuvre pastorale hantée par le spectre de l’héroïne et la mélancolie des grands espaces.
Le son est organique, boisé, presque respirant. On y entend le craquement du tabouret de piano, le frottement des cordes d’acier et cette section rythmique d’une sobriété désarmante. Mais derrière la douceur apparente de la pedal steel de Ben Keith se cache une noirceur abyssale.
Young alterne entre le dénuement symphonique enregistré avec le London Symphony Orchestra aux studios Barking Town Hall et l’électricité brute, presque crasseuse, captée dans sa propre grange à Broken Arrow Ranch. C’est un équilibre impossible entre la fragilité d’un homme blessé et l’arrogance d’un compositeur au sommet de son art.
Un disque qui sent la terre mouillée et le regret. Un chef-d’œuvre de vulnérabilité.

