Bloomfield lacère les cordes, l’orgue rôde, la caisse claire claque comme une porte au nez des puristes. Par-dessus, une voix nasale, goguenarde, jette des visions : acrobates, diplomates, un cirque où chacun se prend pour le juge.
La route 61 relie La Nouvelle-Orléans aux terres froides du Minnesota.
Dylan la transforme en fleuve de blues déformé par le cauchemar. “Ballad of a Thin Man” suinte la paranoïa. “Desolation Row” clôt le disque sur onze minutes de guitare acoustique, un carnaval qui brûle au loin.
Les gamins de 1965 comprennent qu’une chanson peut être un roman, un pamphlet, une gifle. Tout le rock adulte descend de cette route.
Neuf morceaux, et le rock a enfin quelque chose à dire.

