Hound Dog : le monde a changé en deux minutes et seize secondes
En cet été 1956, la radio crache une fureur nouvelle qui fait trembler les vitres des Chevrolet. Ce n'est pas seulement de la musique, c'est un séisme de poche.
Quand Elvis Presley enregistre Hound Dog, il ne chante pas, il aboie, il provoque, il libère une tension accumulée depuis des décennies dans les studios de Memphis.
Le morceau avance comme un train sans freins. La batterie de D.J. Fontana claque comme des coups de feu sur une caisse claire tendue à l’extrême. C’est sec, violent, sans fioritures. Scotty Moore balance des accords de guitare saturés, presque sales, qui tranchent le silence des fins d’après-midi moites. On entend l’urgence, la sueur, l’électricité d’une jeunesse qui refuse de s’asseoir.
Cette chanson, beaucoup l’ont découverte sur un juke-box lumineux au fond d’un bar de nuit, ou gravée sur un 45 tours qui sautait dès qu’on dansait trop près du tourne-disque. Elle s’écoutait le coude à la portière, le volume poussé au point de faire grésiller le haut-parleur unique du tableau de bord. Un son brut qui collait à la peau.
Elvis a pris un vieux blues de Big Mama Thornton et l’a transformé en un hymne de guerre contre l’ennui.
Soixante-dix ans plus tard, la basse résonne encore dans la poitrine. Il suffit de fermer les yeux pour voir la poussière s’élever d’une piste de danse improvisée.

