How Soon Is Now? : l'électrochoc sidérurgique de Manchester
Le 28 janvier 1985, le public britannique découvre enfin en single ce qui restera comme le monolithe de la discographie de The Smiths.
Initialement relégué en face B du maxi “William, It Was Really Nothing” en août 1984, How Soon Is Now? est l’anomalie sublime du rock indépendant. On n’est plus dans la pop sautillante de Marr ; on est dans un marécage psychédélique, une cathédrale de verre brisé.
Produit par John Porter aux studios Jam à Londres (juillet 1984), le morceau repose sur une prouesse technique monumentale. Johnny Marr a créé ce trémolo hypnotique en faisant passer sa Gibson ES-335 dans quatre amplis Fender Twin Reverb, dont les vibratos étaient synchronisés manuellement par Porter et Marr pour rester en phase avec le tempo. Ce n’est pas une pédale d’effet, c’est une chorégraphie électrique. La basse de Andy Rourke et la batterie métronomique de Mike Joyce ancrent cette oscillation dans une transe presque industrielle.
L’anecdote de studio est révélatrice : Marr voulait un son “marécageux”, inspiré par l’intro de “Disco Stomp” d’Hamilton Bohannon. Le résultat est pourtant bien plus spectral. Morrissey, de son côté, livre son texte le plus vulnérable : le cri de l’introverti qui brûle de désir dans une discothèque où il ne se sent pas à sa place.
Pour moi, ce morceau est le point de bascule. C’est le moment où le post-punk a cessé de regarder ses chaussures pour fixer le soleil noir. C’est la musique que l’on écoute quand on est seul au milieu d’une foule, une vibration qui semble venir d’une dimension où le temps s’étire à l’infini.

