(I Can't Get No) Satisfaction : un riff de trois notes qui déchire le silence
Tout commence dans la chambre d'un hôtel de Clearwater, en Floride, au milieu de la nuit.
Keith Richards se réveille avec une formule magique dans les doigts. Il l’enregistre à la hâte sur un magnétophone Philips portatif avant de se rendormir. Le lendemain, la bande magnétique contient cette idée brute, suivie de quarante minutes de ronflements.
Quand le groupe entre aux studios RCA de Los Angeles en mai 1965, Richards veut une section de cuivres pour pousser le morceau. En attendant, il branche sa guitare Gibson sur une petite boîte grise tout juste sortie des usines Gibson, la Gibson Maestro Fuzz-Tone.
Ce n’est qu’un brouillon, un repère pour les trompettes à venir. Mais la distorsion grasse, rugueuse, presque sale, change l’histoire. Ce son de friture électrique devient la colonne vertébrale du rock moderne.
Derrière, la batterie de Charlie Watts cogne dur, droite, implacable, tandis que la basse de Bill Wyman fait vibrer la tôle des bagnoles. Au micro, Mick Jagger crache sa frustration face à la société de consommation et aux réclames de la télévision. Ce n’est plus de la musique, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres d’une jeunesse qui étouffe.
Ce morceau a traversé les décennies par les fenêtres ouvertes des appartements en été, sur les autoroutes de nuit où l’on monte le son de l’autoradio pour ne pas s’endormir, et dans la moiteur des premières fêtes d’adolescents.
Soixante ans plus tard, la boîte de fuzz a disparu, mais le courant passe toujours.

