Sufjan Stevens sort en 2005 d’un Midwest que personne n’écoute, et le saisit à pleines mains. Banjo, trompettes, chœurs d’écolières, pianos qui s’emballent, cordes qui frissonnent. Tout s’empile, rien ne s’écrase.
Il chante un tueur en série avec la même douceur qu’un ovni au-dessus d’une ferme. Les titres s’étirent comme des légendes de musée, les cuivres éclatent, puis un souffle de voix nue retombe sur le silence.
On y entend des gens ordinaires : une amie qui meurt, un homme qui se confesse, un enfant devant une fusée. Le disque ne les surplombe jamais. Il s’assoit à côté d’eux.
Vingt ans après, il sonne toujours comme un grenier plein de lumière poussiéreuse.
Un pays minuscule, dessiné à la main, plus vaste que l’Amérique.

