In Rainbows : le prisme arc-en-ciel de Radiohead
Le 10 octobre 2007, Radiohead a non seulement brisé les chaînes de l’industrie avec son modèle "pay-what-you-want", mais a surtout redéfini la texture du rock moderne.
Enregistré sous la houlette du “sixième membre” Nigel Godrich dans les demeures délabrées de Tottenham Court House et les studios d’Oxfordshire, In Rainbows est l’antithèse de l’aridité de “Kid A”. C’est un disque de chair, de sueur et de velours.
Dès l’ouverture, le groupe délaisse les abstractions froides pour une polyrythmie organique. Phil Selway y déploie un jeu de batterie d’une précision chirurgicale, tandis que Jonny Greenwood tisse des arrangements de cordes d’une élégance presque spectrale. La production est un miracle d’équilibre : la basse de Colin Greenwood ronronne avec une chaleur inédite, ancrant les mélodies éthérées de Thom Yorke dans une réalité physique, presque érotique. On sent les tensions accumulées lors des sessions avortées avec Spike Stent s’évaporer pour laisser place à une fluidité miraculeuse.
C’est un album de maturité absolue. Un disque qui palpite, qui respire, passant de l’urgence nerveuse à des ballades lunaires d’une pureté désarmante. Radiohead n’essaie plus de fuir le monde ; il l’embrasse dans toute sa complexité mélancolique. Un chef-d’œuvre de dentelle sonore. L’apothéose du dépouillement.

