Is This It : le séisme de la jeunesse électrique
Tenir cette pochette entre ses mains, c'est se souvenir de l'instant précis où le XXIe siècle a trouvé son pouls.
Enregistré dans l’antre exigu du studio Transporterraum à l’East Village, sous la houlette de Gordon Raphael, Is This It n’est pas un disque, c’est un manifeste de nonchalance arrogante. Le son est sec, presque claustrophobique, sculpté par des amplis poussés dans leurs retranchements et une batterie compressée à l’extrême qui claque comme une gifle sur l’asphalte new-yorkais.
On y entend la sueur, l’ennui des nuits blanches et cette tension électrique entre les guitares de Nick Valensi et d’Albert Hammond Jr., dont les lignes s’entrelacent avec une précision d’horloger suisse égaré dans un club miteux.
Julian Casablancas chante à travers un petit ampli Peavey pour obtenir ce grain saturé, cette voix de radiocommunication nocturne qui semble nous confier les secrets d’une génération déjà désabusée. C’est l’époque où l’on usait le vinyle jusqu’à la corde, cherchant dans le martèlement de “The Modern Age” ou la mélancolie vaporeuse de “Someday” une raison de croire que la guitare n’était pas morte.
On y retrouve l’héritage brut du Velvet Underground, mais passé au tamis d’une exigence mélodique pop absolue. Ce disque a agi comme un défibrillateur sur une industrie moribonde, imposant une esthétique du “moins c’est plus” qui irradie encore aujourd’hui.
Is This It reste ce miroir sans tain où se reflète la silhouette d’une jeunesse éternelle, un instantané de grâce capturé juste avant que la poussière de l’histoire ne retombe.

