Is This It : l’odeur du cuir et des amplis chauds
Il a suffi d'un été pour que tout bascule à nouveau du côté des guitares.
À l’été 2001, le rock semblait s’être assoupi dans des productions trop lourdes ou des machines trop froides. Et puis, The Strokes ont débarqué avec un disque qui sonnait comme une urgence absolue. Is This It n’inventait rien, mais il rappelait tout : la tension de la basse, le claquement sec de la batterie et ces deux guitares qui s’imbriquaient comme des pièces d’horlogerie fine.
Quand on posait le diamant sur la première face, on était instantanément projeté dans un club minuscule de Manhattan, l’air chargé d’humidité et de fumée. La voix d’Albert Hammond Jr. passait à travers un vieil ampli pour donner cette impression de mégaphone fatigué, tandis que les lignes de basse de Nikolai Fraiture ancraient le tout au sol. C’était un son brut, enregistré presque d’un bloc, sans fioritures ni effets de studio.
Ceux qui ont acheté le vinyle à sa sortie se souviennent de cette pochette mystérieuse, une main gantée de cuir noir sur une hanche nue, rapidement censurée aux États-Unis. On passait la nuit à fixer cette image en écoutant des morceaux courts, nerveux, qui s’enchaînaient sans laisser le temps de reprendre son souffle. C’était la bande-son idéale des virées nocturnes, des vitres baissées sur le périphérique et des autoradios poussés à fond.
Vingt-cinq ans plus tard, l’urgence n’a pas pris une ride. Le disque s’est patiné, mais l’étincelle reste intacte.

