James Taylor : l'ami doux des heures sombres
Au début des années soixante-dix, le monde s’est soudain mis à rouler trop vite.
Les utopies électriques s’éteignaient dans le fracas, laissant une génération entière avec un sifflement dans les oreilles et une immense fatigue au cœur.
C’est là qu’il est apparu. Une silhouette immense, un peu gauche, une guitare acoustique posée sur le genou comme un bouclier contre le tumulte extérieur.
James Taylor n’est pas venu pour crier. Il est venu pour murmurer. Sa musique s’est installée sans frapper dans les cuisines éclairées à la bougie, sur les platines des chambres d’étudiants où l’on pansait ses blessures. Le son de sa guitare, ce picking fluide et boisé calqué sur les mouvements d’un piano, possédait une vertu presque médicinale.
Derrière la douceur apparente de sa voix de jeune homme de bonne famille se cachait pourtant une fêlure terrible, celle des séjours en hôpital psychiatrique et des hivers passés à lutter contre l’héroïne. Quand on posait l’aiguille sur le vinyle de “Sweet Baby James” ou de “Mud Slide Slim and the Blue Horizon”, on n’écoutait pas une vedette. On écoutait un survivant qui nous promettait que la pluie finirait par cesser.
Sur scène, sous une lumière rasante, il accordait son instrument entre deux morceaux dans un silence religieux. Ses chansons sont devenues des refuges intimes, le souvenir d’une route de Caroline ou d’une main tendue dans la pénombre lorsque les radios diffusaient ses harmonies rassurantes tard dans la nuit.

