John Lennon/Plastic Ono Band : le cri primal d'un astre à nu
8 décembre 1970. Le rêve des Beatles est enterré, et John Lennon, écorché vif, livre son premier véritable acte de naissance solo. Ce n'est pas un album, c’est une exhumation.
Sous la houlette de Phil Spector et flanqué de Ringo Starr (batterie) et Klaus Voormann (basse), Lennon délaisse le “Wall of Sound” pour une austérité monacale, presque brutale. Le son est sec, osseux, dépouillé de tout artifice psychédélique. Chaque coup de cymbale résonne comme un couperet dans le vide immense des studios Abbey Road.
Inspiré par la thérapie du cri primal du Dr Arthur Janov, Lennon y exorcise ses démons : l’abandon maternel, l’absence du père, et l’agonie d’une décennie qui l’a laissé exsangue. La production est d’une radicalité inouïe pour l’époque ; la voix de John, souvent saturée, passe du murmure de l’enfant terrifié aux hurlements d’un homme qui refuse désormais de mentir.
C’est un disque de démolition. Il déconstruit les idoles, la religion et sa propre légende avec une honnêteté qui confine au malaise. En écoutant ces pistes, on a l’impression d’enfreindre l’intimité d’un homme en pleine opération à cœur ouvert, sans anesthésie. Un chef-d’œuvre de douleur pure. Le rock n’avait jamais été aussi nu, aussi vrai. Le silence qui suit l’écoute est le plus lourd de l’histoire du rock.

