John Lennon/Plastic Ono Band : l'écorché vif
Décembre 1970. Le grand rêve des années soixante vient de s'effondrer et l'homme qui l'a porté se tient seul face au micro.
Quand on pose l’aiguille sur la première face de John Lennon/Plastic Ono Band, ce ne sont pas des chansons qui s’échappent des haut-parleurs. C’est un cri. Un exorcisme gravé sur bande magnétique.
Ceux qui ont ouvert cette pochette minimaliste à sa sortie s’en souviennent encore. On s’attendait aux harmonies parfaites de Liverpool, et l’on recevait une batterie lourde, presque primitive, une basse qui résonne dans la poitrine et cette guitare saturée, rêche, qui refuse de plaire. Tout est dépouillé jusqu’à l’os. On entend les doigts glisser sur les cordes, le souffle court entre deux couplets, la voix qui se fêle et refuse de tricher.
C’est l’album qu’on écoute tard, le casque serré sur les oreilles, immobile dans le noir de la chambre. On suit ce voyage thérapeutique où un homme met à terre ses propres mythes, ses idoles, son passé, pour essayer de savoir qui il est quand les projecteurs s’éteignent. Chaque morceau ressemble à une confidence murmurée au creux de la nuit, juste avant que la colère ne reprenne le dessus.
Quand la dernière note s’estompe, le silence qui s’installe dans la pièce n’est plus tout à fait le même. On reste là, assis près de la platine, à regarder le label tourner sur le plateau, avec la certitude rare d’avoir traversé une vérité brute.
Le crépitement du vinyle s’éteint, mais le parfum de cette mélancolie chaleureuse reste dans la pièce.

