Kendrick Lamar : le sacre du prophète de Compton
C’est un murmure qui déchire l’asphalte, une prière de rue qui finit en manifeste politique. Kendrick Lamar ne rappe pas, il dissèque.
Depuis son apparition en 2011 avec “Section.80”, le gamin de Compton a transformé le hip-hop en une fresque psychologique d’une densité presque étouffante. Lamar est l’héritier direct d’une lignée brisée, le fils spirituel de Tupac qui aurait troqué l’impulsivité pour une rigueur clinique.
L’impact ? Une déflagration. Quand il entre en studio entre 2012 et 2015, entouré du magicien Sounwave, du bassiste virtuose Thundercat ou du saxophoniste Kamasi Washington, ce n’est pas pour fabriquer des tubes, mais pour capturer l’âme d’une Amérique en surchauffe. On entend la sueur des sessions marathon, l’influence du jazz hard bop qui s’entrechoque avec le G-funk. Sa voix est un instrument malléable : elle s’étrangle de peur, s’étire dans un flow élastique ou gronde comme un prédicateur possédé.
Le choc survient lors de sa prestation habitée aux Grammy Awards de 2016, où il apparaît enchaîné, rappelant que derrière le succès commercial bat le cœur d’un homme hanté par ses démons et ses racines. Lamar a cette capacité unique de faire danser les foules tout en leur imposant un examen de conscience brutal.
Il est le point de bascule où le rap devient, officiellement, de la haute littérature. Le sacre ultime arrive en 2018 : il devient le premier artiste non-classique à décrocher le Prix Pulitzer de musique. Vertigineux.

