Kid A : le jour où Radiohead a refusé de se répéter
Après "OK Computer", tout le monde attendait la suite. Radiohead a préféré changer de langage.
En 2000, Kid A abandonne largement les guitares qui avaient installé le groupe au sommet. Avec Nigel Godrich, Radiohead travaille les synthétiseurs, les rythmes électroniques, les voix déformées et les cordes comme des matières. Les chansons semblent parfois privées de leurs repères habituels : elles flottent, se fragmentent, surgissent du brouillard.
Ce qui pouvait passer pour une fuite est devenu sa force. “The National Anthem” avance dans une masse de cuivres presque incontrôlable ; “How to Disappear Completely” suspend le temps autour de la voix de Thom Yorke. L’album demande qu’on accepte de perdre pied.
Kid A atteindra pourtant la première place des classements américains et remportera le Grammy du meilleur album alternatif.
Vingt-six ans plus tard, il conserve ce pouvoir rare : celui de rendre l’inconnu étrangement familier.

