Layla : les éclats d’une armée de sept nations
"Layla" n’est pas qu’une chanson ; c’est un constat d’adultère spirituel gravé dans la cire. Automne 1970.
Eric Clapton, consumé par son obsession pour Pattie Boyd (alors épouse de son ami George Harrison), entre aux Criteria Studios de Miami. Sous l’égide du producteur Tom Dowd, il ne cherche pas un tube, mais une exultation.
Musicalement, c’est un miracle d’architecture spontanée. Le riff initial, emprunté à Albert King mais transfiguré, n’atteint sa fureur qu’avec l’arrivée de Duane Allman. Les deux guitaristes s’y livrent à un duel gémissant, Allman poussant sa Gibson Birdseye dans des aigus surhumains grâce à son bottleneck.
La structure est binaire, brutale : un incendie rock de 3 minutes suivi d’une “Coda” au piano de 4 minutes. C’est ici que la tension retombe pour laisser place à une mélancolie liquide, portée par la basse de Carl Radle et les percussions de Jim Gordon.
La session de l’album “Layla and Other Assorted Love Songs” (sorti le 9 novembre 1970) était si intense que Dowd racontera plus tard que les amplis chauffaient à blanc. Le célèbre riff de Duane Allman fut accéléré par rapport à l’idée originale de Clapton, transformant une complainte bluesy en un cri de guerre.
À mon sens, “Layla” est le point de rupture où le virtuose s’efface devant l’homme brisé. C’est le son d’un naufrage magnifique. Écouter ce final au piano, c’est regarder le soleil se coucher sur les décombres d’un amour impossible.

