Le Meilleur de 1962
1962. L'année où les murs s'écartent enfin. Dans les salons, les tourne-disques fatigués laissent la place à des stéréos qui séparent les instruments.
On n’écoute plus seulement la mélodie, on cherche l’espace entre les notes. Un souffle nouveau traverse la nuit, plus feutré, plus nocturne, mais d’une intensité renversante.
Ray Charles - Modern Sounds in Country and Western Music
L’aiguille se pose et bouscule tout ce qu’on croyait savoir sur les genres. Personne n’attendait l’enfant prodige de la soul sur ce terrain-là. Pourtant, ces ballades blanches du Sud profond prennent une épaisseur charnelle inédite, portées par des cuivres rutilants et des cordes majestueuses. On regarde la pochette sobre, presque austère, pendant que sa voix écorchée transforme la mélancolie rurale en une plainte universelle. Un disque qu’on écoute tard, les yeux rivés sur les lueurs de la ville.
Stan Getz & Charlie Byrd - Jazz Samba
La chaleur moite de Rio s’invite dans la fraîcheur des appartements occidentaux. Ce disque possède la douceur d’une fin d’après-midi d’été, un balancement discret qui donne envie de monter le volume pour laisser entrer le vent. Le saxophone de Stan Getz glisse sur la guitare acoustique avec une fluidité presque insolente. La cassette qu’on glissera plus tard dans la voiture pour les longs trajets trouve sa source ici, dans ce mariage parfait entre la bossa nova et la mélancolie du jazz.
Dexter Gordon - Go
Le son de Paris et de New York gravé dans la cire d’un des plus beaux catalogues de l’époque. Le saxophone ténor de Dexter Gordon possède une présence physique monumentale, une autorité tranquille qui remplit instantanément la pièce. On ressent chaque vibration de l’anche, chaque pulsation de la contrebasse. C’est le jazz des clubs enfumés, des fins de nuit où l’on refuse de voir le jour se lever. Un album d’une évidence rare, impossible à ranger après une seule écoute.

