Le Meilleur de 1963
Londres frissonne sous un hiver de fer tandis que Liverpool explose. Le jazz s'exile à Paris pour ne pas mourir de chagrin.
L’Amérique, encore innocente, voit son cœur battre au rythme saccadé du Rhythm & Blues. On sent l’électricité statique avant l’orage : la pop devient une religion, la soul une transe collective.
‘Live’ at the Apollo - James Brown
Le 24 octobre 1962, la captation fige l’incendie. Quand le disque sort en mai 63, le monde découvre que la musique n’est plus un spectacle, mais une possession. James Brown hurle, supplie, transpire le sang d’une Amérique ségréguée qui exige sa place au soleil. C’est un marathon d’adrénaline pure où l’orchestre, tendu comme un arc, suit les ordres d’un dictateur du groove. Plus qu’un album, c’est le testament de la fureur noire, capturé dans la boîte crépitante de Harlem.
Please Please Me - The Beatles
Onze février, studios EMI. En moins de dix heures, quatre garçons en sueur inventent le futur. L’innocence y est une arme de destruction massive. La voix de Lennon se déchire sur le final, épuisée par le tabac et l’urgence, tandis que les harmonies de McCartney s’envolent vers la lumière. Ce n’est pas de la musique de chambre, c’est le son de la jeunesse qui enfonce la porte. La Beatlemania n’est plus une rumeur, c’est une déflagration qui rend le vieux monde instantanément obsolète.
Our Man in Paris - Dexter Gordon
L’exil a le goût de la liberté. À Paris, le géant Dexter Gordon retrouve une élégance souveraine, loin des démons de New York. Entouré par Bud Powell et Kenny Clarke, il souffle dans son ténor une poésie de velours et de fumée. Chaque note est une conversation nocturne entre les quais de Seine et les clubs de Saint-Germain-des-Prés. C’est le sommet du bebop européen : un disque qui respire l’intelligence, la classe absolue et cette mélancolie lumineuse propre aux géants qui ont enfin trouvé la paix.

