Le Meilleur de 1965
L’année où le folk électrique fait grincer les guitares acoustiques et où la radio devient un rituel collectif, entre transistor sur le rebord de fenêtre et disques 45 tours qu'on écoute en boucle.
Les cheveux s’allongent, les guitares se branchent, Londres et New York se répondent comme jamais. 1965 a tout changé sans prévenir personne.
Highway 61 Revisited - Bob Dylan
Dès les premières mesures, la guitare électrique surgit là où on ne l’attendait pas, et les puristes du folk grincent des dents. La voix éraillée s’impose comme une confidence rageuse, presque un défi lancé à travers le poste. On l’imagine résonner dans une chambre d’étudiant, fenêtre entrouverte, disque posé de travers sur la platine, pendant qu’on refait le monde à voix basse. Un disque qui ne cherche pas à plaire, et c’est exactement pour ça qu’il colle si bien à l’esprit bousculé de cette année-là.
Otis Blue/Otis Redding Sings Soul - Otis Redding
La voix arrive comme une vague de chaleur, brute et sincère, de celles qui remplissent une pièce entière sans effort. On devine ce disque tournant tard le soir, dans une voiture aux vitres baissées ou lors d’une soirée où les corps se rapprochent sans qu’on ose se l’avouer. Chaque respiration semble habitée d’une émotion vraie, presque physique. C’est un souffle soul qui traverse 1965 en silence, mais qui marque les mémoires bien après que la musique se soit tue.
Mr. Tambourine Man - The Byrds
Les premiers accords scintillent comme une lumière filtrée à travers un pare-brise, légers, presque hypnotiques. On l’entend depuis l’autoradio d’une décapotable filant sur une route d’été, casque sur les oreilles au fond d’une chambre, ou diffusé par une fenêtre ouverte un dimanche matin. Cette clarté mélodique a quelque chose de rassurant et d’irrésistible à la fois. Un disque solaire qui incarne, à sa manière douce, l’insouciance flottante qui caractérise si bien cette année charnière.

