Le Meilleur de 1970
Les années 60 viennent de s’achever, mais leur écho est partout. En 1970, le rock se fait plus intime, plus tourmenté, parfois plus ample.
On achète encore ses disques chez le disquaire, on les écoute sur une platine, souvent d’une traite. C’est l’année où les lendemains commencent à remplacer les rêves.
After the Gold Rush - Neil Young
Dès les premières minutes, quelque chose semble fragile, presque suspendu. Neil Young chante comme si le tumulte des années précédentes avait laissé derrière lui un grand silence à habiter. Dans une chambre, près d’une platine, ce disque pouvait accompagner ces heures où l’on écoute sans rien faire d’autre. La douceur y côtoie soudain la colère, l’espoir se mêle au désenchantement. Avec “After the Gold Rush”, 1970 prend un ton plus intime, entre désillusion et envie de croire encore à quelque chose.
Layla and Other Assorted Love Songs - Derek and The Dominos
Ici, l’effet est tout autre : le disque brûle. Les guitares se répondent, les voix semblent porter quelque chose de trop lourd pour rester contenu. Sur les quatre faces du double album, l’amour n’a rien de paisible ; il devient manque, obsession, fièvre. On imagine facilement le volume monter dans un salon ou une chambre jusqu’à remplir tout l’espace. Avec Duane Allman aux côtés d’Eric Clapton, “Layla and Other Assorted Love Songs” fait entendre un 1970 à vif, traversé par le désir, la frustration et une énergie qui ne retombe jamais.
Bridge Over Troubled Water - Simon and Garfunkel
Dès les premières notes, tout semble plus ample, plus lumineux, presque hors du temps. “Bridge Over Troubled Water” appartient à ces disques capables de faire taire une pièce dès que la voix s’élève. À la maison comme sur l’autoradio, ses chansons donnent pourtant le sentiment qu’un monde familier est en train de disparaître doucement. Simon & Garfunkel arrivent au terme de leur histoire commune au moment même où leur musique prend une ampleur nouvelle. En 1970, même les adieux pouvaient encore ressembler à une promesse.

