On écoute fort, longtemps, les yeux fermés. Les pochettes se déplient comme des cartes au trésor, les groupes jouent en géants et la route semble sans fin. 1975, c’est l’année où le rock voyait grand.
Born to Run - Bruce Springsteen
Dès les premières secondes, on comprend qu’on ne rentrera pas dormir. Le disque tourne dans une chambre minuscule, fenêtre ouverte sur une rue qui sent l’asphalte chaud, et déjà on rêve de partir. Les guitares, le saxo, cette voix qui y croit dur comme fer : tout pousse vers la sortie de la ville, autoradio à fond, sans regarder derrière. Cet appel de l’horizon, c’était exactement l’élan d’une année qui voyait grand.
Physical Graffiti - Led Zeppelin
On ne l’écoute pas, on s’y installe. Un samedi soir, le salon plongé dans la pénombre, les amis affalés sur la moquette, la fumée qui flotte sous l’abat-jour. Le son gronde, serpente, s’étire, puis repart de plus belle, comme si le disque n’avait aucune envie de finir. On se perd dans ses couloirs et on adore ça. Cette démesure joyeuse et un peu sauvage, c’était l’esprit d’une année qui ne savait pas faire petit.
Wish You Were Here - Pink Floyd
Le casque sur les oreilles, la lumière éteinte, tout s’arrête. Les premières notes arrivent de très loin, comme un écho dans une pièce vide, et le temps se dilate. On reste allongé, le regard perdu au plafond, un peu ailleurs, un peu ému sans trop savoir pourquoi. Entre deux élans de démesure, 1975 savait aussi ralentir et regarder le vide. Ce disque en était la parenthèse la plus douce, et la plus intime.

