Le Meilleur de 1977
1977. L’odeur de la sueur et du plastique brûlé. Les transistors crachent un son plus sec, plus dur, qui nettoie d'un coup les excès de la décennie.
On baisse les boutons de basse, on monte les aigus jusqu’à la distorsion. C’est l’année où la musique redevient une affaire d’urgence nocturne.
Never Mind the Bollocks - Here’s the Sex Pistols - Sex Pistols
Le saphir se pose et une décharge de pure électricité statique envahit la pièce. Ce disque sent le soufre et le béton froid. Les guitares forment un bloc compact, lourd, presque étouffant, qui cogne contre les parois des haut-parleurs. On fixait cette pochette jaune et rose fluo, agressive, posée contre le pied du lit, en se disant que le rock venait de changer de camp. C’était brut, sans espace pour respirer, une urgence gravée dans la cire noire.
The Clash - The Clash
Une cassette BASF copiée à la va-vite un samedi après-midi, le souffle de la bande qui s’invite entre les morceaux. Le son est rêche, enregistré dans l’instant, mais l’énergie est celle d’une section rythmique qui refuse de ralentir. Les morceaux s’enchaînent sans laisser le temps de réfléchir, parfaits pour les trajets en banlieue, les vitres baissées et le volume au maximum. On sentait battre le cœur d’une jeunesse qui n’attendait plus rien de personne.
My Aim Is True - Elvis Costello
Un drôle de type à lunettes sur fond d’effets visuels rétro. Derrière la voix nerveuse, presque timide, les guitares twangy rappellent les années soixante mais avec une amertume totalement neuve. L’album s’écoute au casque, tard, quand la ville s’endort. Les arrangements sont serrés, précis, portés par une tension de fin de nuit qui s’attarde sur la platine. Une élégance nerveuse qui annonçait déjà la suite.

