Le Meilleur de 1979
Les pochettes se collectionnent comme des reliques, les guitares deviennent politiques, le dancefloor redevient un refuge. 1979, c'est l'année où la rage a appris à danser.
C’est aussi l’année où le punk s’essouffle et se réinvente, où les radios pirates crachent encore leurs riffs saturés entre deux flashs info, où les cassettes s’usent à force d’être rembobinées au doigt dans les cabines téléphoniques du dimanche soir.
London Calling - The Clash
Dès les premières mesures, quelque chose se fissure : ce n’est plus tout à fait du punk, c’est déjà autre chose, plus large, plus urgent. On l’écoutait fort, seul dans sa chambre, porte fermée, comme pour absorber une énergie qu’on ne comprenait pas encore totalement. Il y avait cette sensation d’assister à un basculement, une déflagration lente qui mélangeait colère et groove. Un disque qui ne demandait pas la permission, exactement l’esprit de cette année qui refusait de choisir un seul camp.
Rust Never Sleeps - Neil Young & Crazy Horse
Il fallait du silence autour pour vraiment l’entendre, ou au contraire le vacarme d’une voiture lancée sur une route de campagne, vitres à moitié baissées. Ce disque avançait par vagues, tantôt fragile, tantôt brutal, comme s’il portait en lui deux humeurs contradictoires qui refusaient de se réconcilier. On le gardait pour les soirs où on avait besoin de sentir quelque chose de vrai, sans artifice. Une aspérité brute qui collait parfaitement à une année qui ne voulait plus rien lisser.
Specials - The Specials
Ça commençait à peine à jouer qu’on avait déjà envie de bouger, presque malgré soi, comme si le corps comprenait avant la tête. On l’imaginait résonner dans une salle bondée, sueur et néons, ou s’échapper d’une fenêtre ouverte un soir de printemps précoce. Il y avait cette énergie contagieuse, ce mélange d’urgence et de légèreté qui donnait envie de tout oublier le temps d’un morceau. Le son d’une jeunesse qui dansait sur ses propres tensions, 1979 dans toute sa contradiction joyeuse.

