Le Meilleur de 1982
1982. L’analogique vacille. Le numérique dévore les studios. C’est l’année des synthétiseurs froids qui dessinent des architectures de néon.
La pop devient une science exacte, une tension entre la mélancolie des clubs et l’hédonisme de façade. On danse sur des décombres magnifiés par la technologie. Le futur est enfin là, brillant et synthétique.
Thriller - Michael Jackson
Le séisme. Sous la baguette démiurgique de Quincy Jones (entouré des sorciers Rod Temperton et Bruce Swedien), Jackson ne sort pas un disque, il lance une offensive culturelle. Enregistré entre avril et novembre aux studios Westlake, cet album est un bloc d’obsidienne pure. Il fusionne le rock blanc et le groove noir pour créer une grammaire universelle. C’est l’instant où la pop s’est faite chair, une perfection clinique habitée par une paranoïa nouvelle. Le monde n’a plus jamais sonné pareil après ce coup de tonnerre.
The Lexicon of Love - ABC
Produit par le visionnaire Trevor Horn, cet opus est le sommet de la “Sophisti-pop”. Martin Fry y chante les ruptures amoureuses comme des tragédies shakespeariennes sur un lit de cordes et de rythmiques d’une précision chirurgicale. C’est un album de papier glacé, élégant jusqu’à l’excès, où l’ironie mordante se cache sous des dorures orchestrales. Une œuvre d’artifice total qui parvient, par un miracle de production, à toucher une vérité émotionnelle brute. La pop comme un opéra urbain.
Avalon - Roxy Music
L’ultime soupir d’élégance de Bryan Ferry. Enregistré au Compass Point (Bahamas), cet album est une dérive nocturne, un brouillard de luxe. Les textures sont si denses qu’on s’y noie ; c’est le son du velours contre la peau. Entouré de musiciens d’élite comme Andy Newmark ou Neil Hubbard, Ferry sculpte un silence habité. C’est le disque du départ, de la fin d’une fête où l’on reste seul avec ses souvenirs dans une villa surplombant l’océan. La fin de l’histoire, sublime et immobile.

