Le Meilleur de 1985
En 1985, les synthétiseurs règnent sur les radios et MTV impose toujours davantage l’image, mais une autre musique gronde loin des projecteurs.
Sur vinyle, cassette ou dans le casque d’un Walkman, guitares abrasives et voix cabossées racontent une jeunesse moins lisse. 1985, c’est l’année où les marges ont refusé de rentrer dans le rang.
Psychocandy - The Jesus and Mary Chain
Dès les premières secondes, Psychocandy donne l’impression qu’une mélodie parfaite tente de traverser un mur de parasites. Sous le déluge de guitares, quelque chose de doux, presque innocent, persiste obstinément. Dans une chambre, le volume poussé juste assez fort pour isoler du reste du monde, ce disque transforme le bruit en refuge. “The Jesus and Mary Chain” fait entrer la pop dans une zone trouble, entre beauté et agression. En 1985, l’avenir du rock pouvait aussi ressembler à un poste de radio mal réglé.
Rum, Sodomy & the Lash - The Pogues
Avec “Rum, Sodomy & the Lash”, la porte d’un pub semble s’ouvrir brutalement : chaleur, verres qui s’entrechoquent, refrains repris trop fort et mélancolie tapie derrière la fête. The Pogues donnent aux vieilles histoires de marins, d’exilés et de perdants une urgence parfaitement contemporaine. On imagine facilement cette musique passant d’une platine à une soirée où personne ne reste longtemps assis. Au milieu des productions impeccables de 1985, ce disque rappelle qu’une chanson peut sentir la pluie, la fumée et les lendemains difficiles.
Tim - The Replacements
“Tim” frappe autrement : moins par le vacarme que par cette sensation de reconnaître des frustrations qu’on n’avait jamais su formuler. The Replacements parlent d’ennui, de désir, d’échecs et d’une jeunesse qui cherche sa place sans vraiment croire aux promesses qu’on lui fait. Sur une cassette glissée dans l’autoradio d’une vieille voiture, ces chansons semblent faites pour accompagner une route sans destination précise. En 1985, derrière l’insolence du rock américain, Paul Westerberg laisse déjà entendre quelque chose de plus fragile : le doute.

