La pop devient spectaculaire, le hip-hop change de langage et l’underground prépare déjà la décennie suivante. 1987, c’est le futur qui commence à faire du bruit.
Sign ‘O’ the Times - Prince
Dès les premières minutes, quelque chose paraît à la fois familier et impossible à enfermer. Prince passe de l’inquiétude à la sensualité, du dépouillement à l’exubérance, avec cette liberté qui donne l’impression que toutes les musiques peuvent cohabiter. Dans une chambre, au casque, ou devant les images éclatantes de MTV, le disque semble refléter une époque aussi séduisante que nerveuse. La pop de 1987 peut encore remplir les pistes de danse tout en regardant le monde droit dans les yeux.
Paid in Full - Eric B. & Rakim
L’effet est immédiat : tout paraît plus calme, plus précis, presque magnétique. La voix de Rakim n’a pas besoin de forcer pour imposer son autorité, tandis que les rythmes laissent suffisamment d’espace pour que chaque mot prenne du poids. Sur une cassette copiée, dans un radiocassette ou un autoradio, cette musique apporte quelque chose de neuf : une assurance froide, une élégance urbaine. En 1987, le hip-hop ne cherche plus seulement sa place. Il commence à redéfinir les règles.
You’re Living All Over Me - Dinosaur Jr.
Puis arrive cette masse de guitares, rugueuse et presque étourdissante, traversée par une mélancolie qui refuse de se montrer franchement. Dinosaur Jr. donne au rock une allure moins propre, moins spectaculaire, comme s’il fallait quitter les grandes scènes pour retrouver une chambre encombrée, un petit club ou une cassette enregistrée entre amis. Sous le vacarme se cache pourtant une fragilité tenace. Une autre histoire de 1987 s’écrit ici : celle d’un rock souterrain qui annonce déjà une partie des années 90.

