Les chambres d’ados sentent le vinyle neuf, et MTV mélange tout. On cherche des sons qui ne ressemblent à rien.
1989, c’est l’année où tout pouvait basculer d’un refrain à l’autre.
Doolittle - Pixies
Dès les premières secondes, ça mord : une basse nerveuse, une voix qui passe du murmure au cri sans prévenir. On croit tenir un secret, un disque que personne d’autre n’a entendu. Casque vissé sur les oreilles, allongé sur la moquette d’une chambre en désordre, on laisse ces guitares fêlées s’installer dans la tête. Tout est tordu, drôle, un peu dangereux, et on y revient en boucle. Voilà 1989 : casser les règles sans jamais perdre la mélodie.
Paul’s Boutique - Beastie Boys
La première écoute ressemble à un zapping fou : des voix, des rires, des bouts de disques qui se percutent sans prévenir. Impossible de décrocher. On l’imagine sortir d’un autoradio, vitres baissées, un soir d’été, quand la ville défile et que tout le monde reprend les refrains à tue-tête. C’est un collage joyeux et insolent, qui sent les vieux vinyles chinés et les rues à la nuit tombée. L’audace de tout mélanger, sans demander la permission : c’est l’esprit de l’année.
Technique - New Order
On pose l’aiguille, et le son s’ouvre comme une porte sur une nuit lumineuse. Les synthés scintillent, une pulsation donne envie de bouger sans y penser. C’est le disque des soirées qui s’étirent, des pistes de danse enfumées, puis du retour au petit matin, walkman sur les oreilles, le cœur encore battant. Mélancolique et solaire à la fois, il capte l’année entière : cette fièvre de danser pour ne pas voir que tout est en train de changer.

