Le rap sort des quartiers, l’électro se glisse partout, les guitares hésitent entre rage et tendresse. 1993, c’est l’année où chaque disque ouvrait une porte différente.
Enter the Wu-Tang (36 Chambers) - Wu-Tang Clan
Dès le premier souffle, une porte claque et un vieux film de kung-fu se met à parler dans le noir. Le son est brut, poussiéreux, presque dangereux, comme une cassette copiée dix fois qui n’en est que plus précieuse. On l’écoute au fond d’un bus de nuit, casque vissé sur les oreilles, la ville défilant derrière la vitre embuée. Chaque voix arrive comme un nouveau personnage : une porte enfoncée d’un coup de pied.
Debut - Björk
Une voix surgit, minuscule puis immense, et l’on retient son souffle sans savoir pourquoi. Tout semble danser et trembler à la fois, entre chaleur de club et fragilité d’enfant. On le glisse dans le walkman un dimanche matin, en traversant un quartier encore endormi, le ciel pâle au-dessus des toits. Les sons clignotent comme des néons lointains. Une porte entrouverte sur demain, comme tant d’autres cette année-là.
Last Splash - The Breeders
Rien ne prévient : une basse qui sautille, une guitare qui bâille, et le sourire arrive tout seul. C’est joyeusement bancal, un peu sauvage, comme une répétition de garage où la porte est restée ouverte. On le met à fond dans l’autoradio d’une vieille voiture, un soir d’été, les copains entassés à l’arrière, les vitres baissées. Personne ne chante juste et tout le monde chante quand même : la porte de 1993 poussée d’un coup d’épaule.

