Les CD s’empilaient près de la chaîne hi-fi, les baladeurs accompagnaient les trajets en bus, et les radios mélangeaient sans complexe hip-hop, rock, soul et country.
1998 avait cette impression de carrefour. Chaque disque semblait ouvrir une nouvelle route sans effacer celles qui existaient déjà.
The Miseducation of Lauryn Hill - Lauryn Hill
Quand paraît “The Miseducation of Lauryn Hill”, il donne l’impression qu’une voix peut tout contenir à la fois : la soul, le hip-hop, le reggae et une sincérité désarmante. On l’écoute d’une traite, souvent sans décrocher les yeux du livret. Les refrains restent en tête pendant des jours, mais ce sont surtout les chansons les plus intimes qui marquent durablement. En 1998, cet album accompagne autant les soirées entre amis que les moments où l’on préfère simplement rester seul avec son casque.
Car Wheels on a Gravel Road - Lucinda Williams
Avec “Car Wheels on a Gravel Road”, Lucinda Williams fait entrer les grands espaces dans le salon. Les guitares semblent porter la poussière des routes américaines, tandis que sa voix raconte des histoires qui paraissent déjà familières. C’est un disque que l’on écoute fenêtres ouvertes, même quand l’été touche à sa fin. Il ralentit le rythme sans jamais perdre l’attention, comme un long trajet où l’on accepte enfin de ne plus regarder l’heure.
Aquemini - OutKast
”Aquemini” arrive avec une liberté qui surprend immédiatement. OutKast refuse les frontières et fait dialoguer funk, rap, soul et expérimentations avec une aisance rare. Chaque morceau réserve un détour inattendu. Dans les chambres d’étudiants comme dans les voitures où le volume est un peu trop fort, on découvre un album qui semble toujours avoir un coup d’avance. En cette fin des années 1990, il donne le sentiment que tout reste encore à inventer.

